Daniel's profileARCHEOLOGIE, HISTOIRE, P...PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
ARCHEOLOGIE, HISTOIRE, PATRIMOINEL'histoire ne se répète pas, mais elle rime souvent (Mark Twain) August 05 1995-2004: Chroniques d'un fouilleur bénévoleBonjour Avant d'arriver enfin dans le monde professionnel de l'archéologie en 2005, j'ai participé à diverses fouilles en tant que bénévole. De 1995 à 2004 je suis allé assez régulièrement sur des fouilles, principalement dans le sud de la France. J'ai également participé à une opération dans le centre du Portugal. Cet article est une petite rétrospective de mon parcours d'archéologue bénévole.
Eté 1995: Argentomagus (Saint-Marcel, INDRE)
Pour mon premier chantier j'ai choisi le site antique d'ARGENTOMAGUS, une agglomération gallo-romaine du territoire du peuple des Bituriges Cubi. Bien que faisant partie des agglomérations dites secondaires ce site est d'une grande richesse. Ses monuments les plus notables sont le théâtre, la fontaine monumentale, les temples de tradition gauloise (fanum) et enfin les vestiges de l'habitat.
C'est sur ces traces d'habitat témoignant des premiers stades du développement urbain (Ier siècle de notre ère) que s'est portée la campagne de 1995, dirigée par F. Dumasy (Université de Paris 1). Quinze jours c'est court mais j'ai pu voir des aspects tout à faits classiques de l'archéologie romaine: voirie, maçonneries, fosses, céramique sigillée etc. Le démontage d'une voie m'a permis de comprendre un peu comment un tel aménagement pouvait être structuré et varier en fonction de la disponibilité des matériaux.
J'ai aussi profité de ce séjour pour visiter l'excellent musée, bâti au dessus d'imposants vestiges gallo-romains. Le musée offre un vaste panorama de l'archéologie locale et l'accent a été mis sur l'intéractivité: ainsi vous pouvez écrire votre nom sur des tablettes de cire au moyen d'un stylet, ouvrir et fermer à volonté des portes gallo-romaines, emmailloter un bébé comme le faisaient les Romains... F. Dumasy nous a également fait visiter le théâtre en cours de restauration. Enfin, un astucieux cheminement inspiré du réseau viaire antique permet d'accéder aisément aux vestiges. Ajoutez à tout ceci une bonne ambiance de groupe et vous obtenez un très bon séjour.
Eté 1996: Soyons (ARDECHE)
A la fin de l'année scolaire, en compagnie de 2 amis de fac (dont le célèbre Capitaine Caverne, alias Gonzalo), je suis allé en Ardèche, fouiller en grotte. Le site, assez difficile d'accès (surtout le matin avec la gueule de bois), domine la vallée du Rhône et fut fréquenté par les hommes de Néandertal au Paléolithique moyen, il y a environ 100 000 ans. Des fouilles anciennes ont d'abord classé ce site parmi les occupations du Néolithique moyen de la région (une sépulture de cette période y avait été étudiée) mais les travaux postérieurs ont pu établir qu'il s'agissait en réalité d'une grotte, comblée et très remaniée, dont les plus anciennes occupations remontaient au Paléolithique.
La fouille menée par A. Defleur (CNRS) s'est concentrée sur une petite surface avec des traces d'occupation (foyers), des ossements d'animaux en grande quantité et diversité, de l'outillage en pierre et des restes humains de Néandertal.
Ces derniers en font un site exceptionnel d'un point de vue scientifique ! Tout d'abord parce qu'ils sont plutôt rares; ensuite pour les informations qu'ils livrent: présence de divers individus dont certains étaient très jeunes et traces de découpe (stries) témoignant d'un décharnement systématique. Quel est le sens de cette pratique ? S'agit-il d'un cannibalisme rituel ? C'est justement une des grandes questions que les scientifiques se posent au sujet de Néandertal.
Les 3 semaines passées dans cette grotte m'ont permis de découvrir la fouille fine dans un espace réduit et de m'initier au relevé des vestiges (en plan, en 3 dimensions). J'ai également fait du tri de micro-faune, du marquage de matériel (silex, os). Mais surtout j'ai vu de près les restes de Néandertal. Les soirées étaient rythmées par des parties acharnées de football, des séances d'initiation à la préhistoire (taille de silex) ou par d'incroyables beuveries. Le petit musée, tout proche du lieu d'hébergement, est aussi à voir. La grotte ou abri Moula (nom du site) n'est pas isolée et nous avons pu visiter d'autres grottes de ce réseau.
Eté 1997: Avezac (HAUTES-PYRENEES)
Après ces 2 premières participations j'ai décidé de me lancer dans la fouille protohistorique, avec l'un des membres de l'équipage de Soyons (Loïc). Nous avons retrouvé, complètement par hasard, 2 autres fouilleurs présents en Ardèche l'année précédente (ambiance et délire assurés !).
Le choix d'un site protohistorique était pour moi logique car je comptais me spécialiser dans cette période en Licence, dès la rentrée universitaire (chose que je fis d'ailleurs). Avezac et ses environs sont très riches en monuments funéraires des âges des métaux (Bronze et Fer). On y trouve une densité assez incroyable de tumuli (tumulus au singulier), parfois groupés en nécropoles, soigneusement alignés, ou isolés. Je me souviens d'en voir un sur la route du chantier, surmonté d'une croix, signe évident de christianisation d'un monument païen
Ce sont des élévations artificielles plus ou moins marquées et visibles, à base de terre, dont la vocation est funéraire (ils ont pu également servir de marqueurs territoriaux). Beaucoup d''entre-eux ont fait l'objet de fouilles anciennes.
Dans cette région ils sont souvent entourés d'un cercle de pierres ou gros galets (périlithe). Celui sur lequel j'ai travaillé pendant 2 semaines, sous la direction de JM. Escudé-Quillet et F. Marembert, en comportait justement un, que nous avons en partie dégagé.
Aborder la fouille d'un tel type de site n'est pas aisé. Il faut tout d'abord décaper l'épaisse couche herbeuse, ce qui est long. De plus, on ne doit pas s'attendre à trouver du matériel en abondance, ni des restes humains bien conservés. En revanche le dégagement du périlithe est assez gratifiant. On a pu apprécier le caractère monumental de cette réalisation ainsi que sa complexité: plusieurs couches de gros galets ont été superposés et assemblés. L'investissement collectif a dû être conséquent puisque ces galets massifs ont manifestement été transportés sur plusieurs dizaines de mètres.
Eté 1998: Ribos de Bila (AUDE)
Pour valider l'enseignement de méthodologie en archéologie, les étudiants de licence devaient effectuer un stage de terrain. Muni de la liste officielle des opérations ouvertes aux bénévoles j'ai attentivement étudié ce qui pouvait m'intéresser. Mais mon choix fut vite fait: en effet, l'idée de fouiller un site campaniforme (un de mes thèmes favoris) sous la direction de Jean Guilaine (Professeur au Collège de France) et de son équipe (notamment Jacques Coularou) ne pouvait que me motiver.
Le site de Ribos de Bila fut repéré en 1968, après le défonçage d'une parcelle destinée à la vigne. Les traces détectées lors des prospections ainsi que les nombreux tessons de céramique campaniforme de type pyrénéen semblaient indiquer l'existence d'un habitat de cette période (vers 2800-2500 av. J.-C).
Trente ans plus tard l'arrachage de la vigne a donné l'occasion aux archéologues d'accéder à ce qu'il pouvait subsister d'un habitat du chalcolithique. La campagne de 1998 avait pour objectif principal la mise en évidence des caractères spécifiques de l'habitat campaniforme de faciès pyrénéen (structures, contenu, fonction) jusqu'ici peu connus (à l'exception de la céramique).
La fouille du site n'a pas donné tous les résultats escomptés mais elle m'a permis de comprendre certaines choses, notamment les facteurs qui sont entrés en jeu dans sa destruction. Les labours profonds, dont on a observé les traces lors de la fouille, la topographie des lieux (effet de pente), ou encore l'érosion naturelle sont très probablement à l'origine de la disparition des vestiges que l'on s'attendait à trouver au départ.
Lors de cette fouille j'ai également pu m'initier au relevé stratigraphique et à l'utilisation d'appareils de topographie. J'ai aussi assisté pour la première fois à un décapage mécanique. Mais c'est sur le plan humain que cette expérience fut particulièrement riche. La disponibilié de Jean Guilaine, avec qui j'ai beaucoup discuté, et la sympathie de son équipe m'ont fait passer d'excellents moments dans ce magnifique département de l'Aude
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Eté 1999: Vila Nova de Paiva (Viseu, PORTUGAL)
Le sujet de mon mémoire de maîtrise étant sur l'ouest de la Péninsule ibérique (dépôts de l'âge du Bronze) j'ai souhaité participer à des fouilles au Portugal, et profiter de cette occasion pour y prendre des contacts.
J'ai donc proposé à R. Vilaça, de l'Université de Coimbra, de venir sur l'une ses fouilles, co-dirigées par D. Cruz. C'est dans le centre-nord du Portugal, à Vila Nova de Paiva (district de Viseu), que je me suis rendu, pour une durée de 15 jours. En compagnie d'étudiants portugais et espagnols nous avons travaillé, dans une très bonne ambiance, sur une nécropole de l'âge du Bronze comportant deux monuments plus ou moins circulaires, qui se présentent sous la forme d'empierrements massifs.
La chronologie de ces ensembles est problématique. Certaines nécropoles de la région de Viseu semblent dater de la fin de l'âge du Bronze mais le matériel, souvent rare, ne permet pas de les dater très précisément. Par ailleurs les monuments funéraires de ce type ont été la plupart du temps fréquentés et pillés dès l'âge du Bronze.
L'essentiel du travail a consisté à mettre en évidence les monuments et à en effectuer le relevé en plan (dessin au 1/5 ou 1/10e), chose que j'ai plutôt appréciée. L'ambiance de groupe était excellente et le soir nous étions avec l'équipe d'une autre fouille, au restaurant puis dans les bars (parties de fléchettes, de baby-foot....très arrosées je dois dire). Je tiens aussi à souligner la gentillesse des 2 responsables, les remercier pour leurs suggestions et aussi pour les documents que R. Vilaça m'a fait parvenir (articles, bibliographie).
Eté 2004: Puech de Mus (Sainte Eulalie de Cernon, AVEYRON)
Entre 1999 et 2004 je n'ai pas du tout fouillé. Mes mémoires de maîtrise (2000) puis de dea (2001) m'ont en effet largement occupé et éloigné du terrain. Dans la foulée du dea j'ai voulu tenter des concours de la fonction publique (conservateur du patrimoine) puis, tout en travaillant en parallèle, j'ai commencé à répondre à des annonces pour des postes dans l'archéologie.
Après cet éloignement durable de la fouille j'ai voulu retrouver cette ambiance si particulière des chantiers d'été. En 2004 je me suis rendu dans l'Aveyron, un département que je ne connaissais pas du tout, pour y participer à une campagne de fouilles, du début jusqu'à la fin.
Les 6 semaines passées sur le Puech de Mus, sous le soleil de plomb, la pluie, le vent et le froid, m'ont fait connaître un site protohistorique parmi les plus intéressants qui soient. Sur ce rebord de plateau de près de 900m d'altitude, les hommes de l'âge du Fer se sont installés et ont été en contact, à la fois avec le domaine celtique et le monde méditérranéen, principalement au Veme siècle av J.-C. Ils ont notamment construit un rempart à poutrage interne, relativement bien conservé. Mais ce qui frappe le plus c'est la diversité et la qualité du matériel archéologique retrouvé sur la zone habitée: céramique grecque de Marseille, étrusque, attique, fibules en bronze etc.
C'est aussi cette année que j'ai trouvé la meilleure ambiance de groupe depuis que je participe à des fouilles archéologiques. Selon P. Gruat, le responsable de l'opération, cette campagne a été la plus fructueuse depuis le début des travaux. Et puis le Larzac, région sur laquelle plane encore l'ombre des Templiers, est un endroit qu'on ne peut pas facilement oublier:"Larzac, terre de contrastes !" (citation de P. Gruat).
Je n'ai plus fait de bénévolat depuis l'été 2004 mais par contre en 2005 j'ai finalement franchi un cap en débutant dans l'archéologie professionnelle. Bien sûr je pourrais ici vous raconter mes débuts dans le milieu mais c'est une autre histoire...Pour une prochaine fois sans doute.
A bientôt
(Texte écrit le 27 avril 2006)
March 29 Forteresses portugaises vues par Duarte de Armas (XVIe.s)Bonjour
Duarte de Armas, écuyer au service du roi Dom Manuel 1er (1495-1521) avait également des talents de dessinateur que le souverain a su exploiter. Voici un petit résumé de son périple.
Soucieux de connaître l'état des forteresses dressées le long des frontières avec l'Espagne, Dom Manuel 1er, au début du XVIe.s, charge l'écuyer de la Casa Real de lui en faire un relevé et un inventaire détaillés (plans, vues panoramiques, accès, état des constructions...)
C'est à cheval, et en compagnie d'un serviteur, que Duarte de Armas parcourt une bonne partie du territoire frontalier, à partir du printemps de l'an 1509. Partis de Castro Marim, dans le sud-est du Portugal, ils atteignent, sept mois plus tard, Caminha (nord-est du pays)
Les deux hommes ont effectué un trajet de plusieurs centaines de kilomètres, s'arrêtant dans la plupart des places fortes pour les visiter, prendre des mesures, les dessiner et noter toutes les informations susceptibles d'intéresser le monarque: distances entre les localités, épaisseur des murs, parties à restaurer, etc
Pour leur travail, notamment les mesures, ils ont utilisé les moyens de l'époque: cordes, lances (lanças), boussole. La majeure partie des châteaux et lieux fortifiés observés datent de l'époque arabe et des premiers temps de la monarchie portugaise (XIIe-XVe.s pour schématiser).
En tout, Duarte de Armas a dessiné les plans et les vues panoramiques de 55 sites, ce qui représente une masse documentaire conséquente. L'ensemble de son travail, contenu d'abord dans les dénommés Codex A et B, a été compilé plus tard dans le LIVRO DAS FORTALEZAS, ouvrage de référence pour la connaissance de l'architecture défensive, consultable aujourd'hui sous la forme d'un fac-similé (publié en 1990).
Les dessins et les plans réalisés par l'écuyer, malgré quelques imprécisions (perspectives, disproportions), probablement volontaires dans certains cas, donnent un bon aperçu de l'archicture militaire et de son évolution. En effet, on voit que les forteresses d'origine médiévale, souvent désuètes, sont parfois intégrées dans des systèmes plus élaborés (ajout de barbacanes), ce qui s'explique par l'évolution de l'armement (artillerie...)
Le travail de Duarte de Armas est également un témoignagne précieux dans la mesure où un grand nombre de ces défenses ont depuis subi de profondes modifications ou n'existent plus de nos jours (Segura, Salvaterra...)
Mais il ne se résume pas à l'aspect militaire. Dans les plans et les panoramas sont indiqués les chemins, les sources et cours d'eau, les ponts, et parfois même les localités de l'Espagne voisine. Les principaux édifices, religieux, civils, militaires, mais également la végétation et les cultures, figurent aussi sur ses dessins. Il constitue donc une source de connaissance à divers niveaux: local, régional et national. Chaque localité peut y puiser un grand nombre d'informations sur son histoire.
A bientôt March 26 Le pont romain d'Alcantara (Espagne)Bonjour
Lancé sur le Tage au début du IIe siècle, le pont d'Alcantara est un ouvrage d'art remarquable. Ma dernière visite remonte à l'été 2005. Le site comporte en réalité 3 éléments: le pont et son arc central, un petit temple transformé en chapelle et une tour défensive du XVIe siècle. Nous sommes ici en plein coeur de la Lusitanie romaine.
SITUATION GEOGRAPHIQUE
Alcantara est le chef-lieu d'un municipe de la Communauté Autonome d'Extremadure (Extremadura en espagnol), proche de la frontière portugaise (environ 15 Km), où l'on trouve d'ailleurs un autre pont romain, probablement contemporain.
L'ensemble architectural antique enjambe le Tage et se situe en contrebas de la ville d'Alcantara. Celle-ci s'est développée plus tardivement (à partir du XIIe siècle). Aucune localité ne semble avoir existé ici à l'époque romaine mais le pont est à l'origine du nom actuel de la ville: Alcantara signifie "le pont" en arabe.
Plus haut on aperçoit l'imposant barrage hydraulique (Embalse de Alcantara). L'accès au pont d'Alcantara se fait librement, en toute facilité.
DESCRIPTION
Le pont mesure 194 m de long et 71 m de haut (en comptant la hauteur de l'arc central). Sa largeur est de 8 m. Il comporte 6 grands arcs en plein cintre, soutenus par des piles massives de section quadrangulaire. Les 2 piles centrales s'élancent directement du lit du Tage, les autres s'appuyant sur ses rives rocheuses.
Le tout se présente de façon régulière et horizontale. Les blocs taillés de grande dimension, disposés sans lien, assemblés selon la technique de l'opus quadratum, donnent à cette construction un aspect robuste et monumental.
Pour franchir plus facilement le fleuve les constructeurs ont probablement opté pour un site où son lit est naturellement étroit. Ils ont dû par ailleurs prendre en compte les montées brutales du Tage, ce qui peut expliquer la hauteur exceptionnelle de l'ouvrage.
L'ARC DE TRIOMPHE ET SA DEDICACE A TRAJAN
Au centre du pont se dresse un arc de triomphe, en plein cintre également, haut de 14 m, célèbre pour son inscription datée de 105 / 106 de notre ère. Bien connue des spécialistes de l'époque romaine, elle rend hommage à l'Empereur Trajan, en ces termes:
A l'Empereur César Nerva Trajan Auguste, fils du Divin Nerva, Germanique, Dacique, Grand Pontife, revêtu de la huitième puissance tribunicienne, salué Imperator pour la cinquième fois, Père de la Patrie.
Deux autres inscriptions étaient fixées sur les piliers de l'arc. Seule l'un d'elles est connue mais son importance est grande car elle mentionne les 11 municipes à l'origine de la construction du pont. Elle nous autorise à croire que ces peuples avaient un intérêt commun et qu'ils ont tous au final tiré profit de ce projet.
Le pont est sur la voie qui reliait Norba (Cacéres), à Conimbriga (dans le centre du Portugal) et il a permis à cet municipes de l'ouest lusitanien d'accéder plus aisément à la capitale provinciale, Augusta Emerita (Mérida). On peut aussi penser qu'il facilitait l'accès à la Via Delapidata, cette longue voie reliant Mérida à Asturica Augusta, dans le nord de l'Hispanie.
LE TEMPLE ET CAIUS IULIUS LACER
On aperçoit, à l'entrée du pont par le sud, un petit temple carré, bâti en grand appareil. L'entrée, ornée de deux colonnes aux chapiteaux toscans est surmontée d'un fronton triangulaire. Une inscription (aujoud'hui remplacée par une plaque métallique), fait officie de linteau et nous donne le nom du bâtisseur du pont d'Alcantara, un certain CAIUS IULIUS LACER. Elle salue sa mémoire, son talent, et souligne la qualité de sa réalisation éternelle. On y apprend que le pont est destiné à durer jusqu'à la fin des temps.
Ce temple, autrefois dédié à l'Empereur Trajan et aux Dieux de Rome (Romulus, César), a été par la suite transformé en chapelle, connue à présent sous le nom de Capilla de San Julian.
MODIFICATIONS
Les guerres de la Reconquista (reconquête chrétienne), les conflits frontaliers avec le Portugal et autres combats postérieurs ont à plusieurs reprises endommagé le pont. L'arc de Trajan a été restauré par Charles-Quint en 1543. Le souverain le dote d'un crénelage et y ajoute son blason impérial, ainsi que l'aigle bicéphale. Une inscription ne manque pas de rappeler sa contribution. On lui doit également la construction de la Torre del Oro, forteresse destinée à assurer le contrôle et la défense du pont. Elle se situe à l'autre extrémité du pont, du côté opposé au temple, en position dominante. En 1859, la reine Isabelle II procède à d'autres modifications (ajout de planques en marbre sur l'arc notamment) et donne au monument son aspect actuel.
A bientôt
March 21 Le théâtre et l'amphithéâtre de MéridaBonjour
Pour cet article j'ai choisi de vous emmener à Augusta Emerita (aujourd'hui Mérida), capitale de la Lusitanie romaine. Parmi les nombreux monuments que l'on peut y voir, j'aimerais vous présenter l'ensemble imposant du théâtre et de l'amphithéâtre, tous deux bâtis de façon synchrone.
INTRODUCTION
Augusta Emerita est une colonie romaine fondée sous Auguste, probablement en l'an 25 avant notre ère, dont la vocation initiale était l'installation des vétérans des guerres menées dans le nord de l'Espagne. Elle est rapidement devenue, dans le cadre de l'organisation administrative entreprise par Auguste, la capitale de la Lusitanie.
Composée des soldats romains auxquels sont rapidement venus s'ajouter d'autres citoyens et individus indigènes, elle a joué un rôle notable dans la développement et la diffusion du mode de vie romain dans ces régions.
Dans cette optique elle a notamment bénéficié d'un urbanisme à la romaine (plan régulier) et d'infrastructures tels qu'ils existaient dans d'autres centres urbains de l'Empire (thermes, aqueducs, édifices de spectacle...)
Les édifices de spectacle ont participé à leur manière à la romanisation. Le théâtre, construit à l'initiative du consul Marcus Agrippa, a été inauguré en 16 ou 15 av. J-C, d'après ce qui est écrit sur les inscriptions retrouvées au niveau des portes d'accès à l'orchestra. Ses gradins s'appuyent en partie sur la pente du Cerro de San Albin, à l'angle nord-ouest de la ville romaine, son point culminant d'ailleurs.
La construction de l'amphithéâtre a été planifiée avec celle du théâtre mais sa mise en service est un peu plus tardive: probablement en l'an 8 av. J-C. Comme lui il prend appui sur la colline de San Albin. Les deux monuments sont reliés par une voie.
En dehors des aspects formels et fonctionnels ce qui peut différencier les deux édifices tient surtout à leur popularité ou leur vocation. On peut ainsi voir dans le théâtre un lieu de prestige et même de propagande des autorités, alors que l'amphithéâtre a une connotation plus populaire. Les deux ont bien entendu été fréquentés par l'ensemble de la population.
LE THEATRE
Il comporte plusieurs parties distinctes: les gradins (cavea), la scène, Le mur de scène (scenae frons); et dans la partie arrière un grand péristyle (cour et jardin entourés d'un portique), ainsi qu'une pièce liée au culte impérial (Aula Sacra); enfin, des constructions diverses, plus tardives s'y greffent (Bas-Empire: III et IVe. siècles)
On accède aux gradins, disposés en hémicycle, par l'intermédiaire de 13 portes ouvertes dans la façade de l'édifice. Des couloirs voûtés (vomitoria) permettent au public d'atteindre la cavea, dont la capacité est estimée à 6000 places. Celle-ci est divisée en 3 parties, séparées par des petits murets. Les spectateurs s'y répartissaient en fonction de leur condition sociale.
La partie inférieure, ou ima cavea, avec ses 22 rangées de gradins, était notamment réservée aux membres de l'Ordre Equestre. Les citoyens libres de la Plèbe s'installaient dans les 5 rangées de gradins de la media cavea. La partie supérieure des gradins, qu'on appelle summa cavea, accueillait les spectateurs des classes les plus modestes; c'est la moins bien conservée des 3.
Les autorités disposaient des meilleures places puisqu'elles siégaient directement dans les 3 rangées aménagées dans l'orchestra (le coeur), espace semi circulaire recouvert de marbre blanc.
La scène (pulpitum), qu'un plancher recouvrait probablement, se presénte sous une forme rectangulaire et allongée. Elle est séparée de l'orchestra par un muret interrompu par des sortes de niches ou espaces incurvés.
Du point de vue artistique et architectural la partie la plus notable du théâtre est inconstestablement son vaste mur de scène (frons scenae). Sur un haut podium constitué de gros blocs taillés, d'une hauteur totale de 2,60m, reposent deux corps de colonnes d'ordre corinthien. Elles associent le marbre bleu des fûts à celui de couleur blanche des chapiteaux et des bases. Chaque corps de colonne dispose de son propre entablement avec ses éléments caractéristiques: architrave, frise, corniche décorée. Les espaces entre les colonnes sont agrémentés de statues représentant des divinités du panthéon classique (Cérès, Pluton...) ou des empereurs divinisés.
Les acteurs faisaient leur apparition par la valva regia (porte centrale) ainsi que par les deux portes latérales (valva hospitalia), ouvertes dans Le mur de scène. Par ailleurs, ils disposaient de vestiaires disposés derrière le mur dont bénéficiaient aussi parfois les techniciens.
Cette grande toile de fond servant de décor permanent atteint presque 13 mètres de haut et date essentiellement, dans sa forme actuelle, de 105 AP. J.-C (époque de Trajan)
Comme dans d'autres édifices de cette importance, le théâtre de Mérida dispose d'un péristyle, c'est à dire d'une cour entourée d'un portique (galerie couverte soutenue par une colonnade), situé derrière Le mur de scène. Il permettait aux spectateurs de se détendre lors des entractes, en profitant du cadre (jardin, décor sculpté). Derrière le péristyle, dans l'axe de la porte centrale, on trouve une petite pièce nommée Aula Sacra, sans doute consacrée au culte impérial, comme l'a suggéré la découverte d'une tête voilée de l'Empereur Auguste, représenté en Grand Pontife.
Les vestiges à l'ouest du péristyle sont plus tardis (IIIe-IVe. siècles) avec en particulier une demeure luxueuse (pièce à double abside richement ornée de mosaïques et de peintures murales) bâtie par un riche propriétaire qui en outre bénéficiait de thermes privées.
Le théâtre a retrouvé, depuis 1993, sa fonction d'origine, puisqu'on y célèbre désormais chaque année un festival de théâtre classique.
L'AMPHITHEATRE
Avec le théâtre, l'amphithéâtre forme un véritable ensemble à l'intérieur du schéma urbain de la ville romaine. Il est de conception moins élaborée que son voisin mais par contre sa capacité et ses dimensions sont très nettement supérieures.On y organisait les célèbres combats de galdiateurs et les luttes entre hommes et animaux (ou parfois entre divers animaux), des spectacle qui avec ceux du cirque étaient les favoris du public.
Sa forme générale est celle d'une vaste ellipse longe de plus de 126 m et d'une largeur de 65 m. Les dimensions de l'arène sont conséquentes: 54 x 41 m. Il pouvait accueillir entre 10000 et 15000 personnes.
Les spectateurs entraient dans l'enceinte par les 16 portes disposées le long du périmètre de la façade, desquelles partaient les couloirs d'accès (vomitoria) leur permettant d'atteindre les gradins. L'entrée principale, celle que l'on emprunte lors de la visite, est située à l'extrémité de l'axe occidental.
Comme dans le théâtre on retrouve la répartition sociale du public, du bas vers le haut, au sein de la cavea: ima (autorités, personnalités), media (peuple libre), et summa cavea (classes les moins favorisées). Cette dernière à presque entièrement disparu. En revanche on peut apprécier le travail de restauration, entrepris dans les années 50 par Menendez Pidal, de certaines parties de l'ima cavea. Deux tribunes y ont été construites, à l'ouest et à l'est de l'axe mineur de l'édifice.
Les autorités s'installaient dans la tribune occidentale alors qu'en face, à l'est, siégaient les personnes qui finançaient les spectacles. C'est cette tribune orientale, l'editoris tribuna, qui est actuellement reconstituée. Les inscriptions (conservées au Museo Nacional de Arte Romano) fixées devant les deux escaliers menant à cette tribune ont rélévé la date d'inauguration de l'amphithéâtre, soit 8 av. J.-C.
C'est bien sûr dans l'arène elliptique que se déroulaient les spectacles. Un podium élévé séparait le public de l'aire de jeu. Il était recouvert de marbre et couronné d'une corniche décorée de peintures murales. Au centre de l'arène est creusée une grande fosse cruciforme recouverte autrefois d'un plancher. Elle a probablement servi à stocker les cages des fauves ainsi que du matériel divers pour les spectacles.
Les gladiateurs entraient dans l'arène par deux larges galeries, dans l'axe opposé à celui formé par les deux tribunes officielles évoquées plus haut. La fonction des petites habitations ouvertes de part et d'autre de ces galeries n'est pas déterminée avec certitude. Selon certains elles seraient liées au culte de Némésis alors que d'autres pensent qu'elles servaient tout simplement aux gladiateurs et aux fauves.
A bientôt
(voir également les photos et les commentaires dans les albums "photos de mon blog" et "Lusitanie romaine")
March 20 Les mines de Cabrières et les débuts de la métallurgieBonjour L'histoire de la métallurgie étant l'un de mes sujets de prédilection j'aimerais vous présenter les vestiges miniers de Cabrières (département de l'Hérault) et évoquer les origines de l'exploitation du cuivre dans le sud de la France, que l'on peut situer, grosso modo, vers la fin du IVe / début du IIIe millénaires avant notre ère, autrement dit le Néolithique Final / Chalcolithique de la terminologie française.
PRESENTATION Les vestiges des exploitations minières de Cabrières (commune de l'Hérault) s'étendent sur près de 30 hectares, localisés dans la partie orientale de la Montagne Noire (bordure sud du Massif Central). Ils furent identifiés dès 1911, par G. Vasseur, qui a récolté de nombreux broyeurs en pierre signalant en réalité l'existence de mines anciennes. Dans les années 80 les découvertes de Paul Ambert et de son équipe (mines diverses, et surtout l'aire de traitement métallurgique de Roque-Fenestre), les travaux d'inventaire et de prospection des sites miniers ainsi que l'étude détaillée des outils utilisés par les mineurs, nous ont fait connaître ce qui semble être encore à ce jour la plus ancienne exploitation de cuivre en France; et probablement aussi l'une des mieux documentées d'Europe. L'analyse des résidus et produits de cette métallurgie (scories, cuivre...), l'étude des charbons de bois (anthracologie) et l'obtention de datations au C14 sont venues préciser le panorama, technique et environnemental, de cette première étape du travail du cuivre. Le cadre chrono culturel de ces mineurs du Chalcolithique a également pu être cerné de manière plus exacte.
L'EXPLOITATION DES MINES En raison des travaux miniers postérieurs, notamment d'époque romaine, il est difficile d'avoir un aperçu complet de la diversité des mines et des procédés mis en oeuvre par les hommes de l'âge du Cuivre. Les spécialistes pensent toutefois que la technique la plus courante était le creusement de puits verticaux destinés à atteindre les meilleurs filons (c'est à dire les plus richement minéralisés), en restant proches de la surface. En accédant aux sites karstiques, les mineurs ont en particulier développé le système du "puits géode", en creusant dans la dolomie (roche sédimentaire carbonatée) des alvéoles vidées ensuite de leur minerai. L'abattage du minerai se faisait en martelant directement les parois mais c'est la technique dite du "bouchon" qui a permis d'accroître le rendement. Pour ce faire, les mineurs creusaient des alvéoles autour des surfaces minéralisées et utilisaient, en complément, des pics, des coins, des broyeurs. Plusieurs centaines de ces broyeurs, majoritairement en quartz, ont été recueillis aux abords des mines. Leur poids moyen est compris entre 800g et 1kg mais certains dépassent les 10kg. Les plus courants sont les maillets doubles (broyeurs à double tête arrondie) dont on se servait pour frapper des outils plus pointus (pics maillets, pics doubles, coins maillets), ce qui permettait d'en décupler l'impact et provoquait l'éclatement de la roche. Enfin, une autre catégorie de broyeurs, plus légère, a pu servir à un broyage plus fin.
L'AIRE DE TRAITEMENT METALLURGIQUE DE ROQUE-FENESTRE ET LE NIVEAU TECHNIQUE ATTEINT C'est près des mines de Pioch-Farrus qu'a été fouillée une aire de traitement du minerai dont les vestiges parvenus à nous sont 4 fosses creusées dans le substrat (schiste). Elles ont servi, d'après les analyses chimiques, de bassin de lavage et ont ensuite été comblées avec les déchets des travaux métallurgiques (minerai concassé et calciné, charbons de bois, scories, gouttes de cuivre) réalisés dans les environs. De plus, elles contenaient des outils identiques à ceux des mines (broyeurs) ou spécifiques, tels ces galets à cupule centrale pour lesquels la fonction exacte n'est pas déterminée. Pour griller et réduire le minerai de cuivre les métallurgistes ont choisi de préférence les bruyères (feu rapide, longue flamme), ce qui nous donne un aperçu du couvert végétal de l'époque et des ressources disponibles. Ces deux opérations témoignent surtout d'un niveau technique élevé. Le but du grillage est de faciliter la réduction des minerais complexes. Il consiste à chauffer au préalable les minerais à forte teneur en soufre (sulfures) pour les transformer en oxydes qui eux sont plus faciles à réduire. Malgré la richesse des informations fournies par ces fosses les structures (foyers) et les ustensiles de la réduction sont peu ou pas du tout documentés à Cabrières (creusets, tuyères...) La réduction proprement dite est attestée par les présence des scories et des gouttes de cuivre. C'est une opération chimique durant laquelle le carbone s'unit à l'oxygène pour libérer le métal. La séparation de la scorie (impureté) et du métal nécessite une température élevée. Les métallurgistes de Cabrières avaient donc une excellente maîtrise des arts du feu, des combustions. Mais surtout, ils savaient réduire tous les types de cuivres, les plus faciles comme les plus difficiles: malachite, azurite (oxydes), chalcopyrite, cuivre gris (sulfures). Les analyses ont pu caractériser le métal issu du complexe de Cabrières et diffusé localement (notamment sur l'habitat de Roquemengarde), à savoir un cuivre contenant principalement de l'argent et de l'antimoine (impuretés). L'existence d'un groupe culturel lié à cette exploitation du cuivre est confirmée par l'étude de la céramique de Cabrières et de Roquemengarde.
CABRIERES DANS SON CONTEXTE REGIONAL ET EUROPEEN Les datations au C14 obtenues à partir des fosses font remonter les débuts de cette métallurgie au début du IIIe millénaire av. J.-C, voire dès la fin du précédent. Elles permettent surtout de démontrer qu'elle s'est développée avant l'apparition du Campaniforme, culture ou groupe que l'on associe habituellement à la diffusion du métal en Europe occidentale (cuivre, or), vers 2800-2500 avant notre ère. On connaît par ailleurs d'autres districts métallurgiques en France, notamment l'Aveyron et le Tarn, ayant produit des cuivres avec des taux de plomb plus forts que celui, très faible, de Cabrières. Le Massif Central renferme par ailleurs de nombreux gîtes de cuivre. La métallurgie de Cabrières s'inscrit totalement dans le cadre des cultures du Néolithique final du sud de la France. Elle est toutefois d'ampleur modeste et aucun objet fini n'a été trouvé sur place, à l'exception d'une pièce en cuivre de typologie ibérique (pointe de Palmela), plus tardive (campaniforme). Cette dernière a fait penser que l'origine des métaux pouvait être espagnole ou portugaise mais les productions riches en arsenic issues de ces régions n'ont visiblement rien en commun avec le cuivre fabriqué dans l'Hérault. A l'échelle européenne Cabrières est loin d'être un cas isolé. Différentes cultures contemporaines, réparties dans les régions de Méditerranée centrale et occidentale, maîtrisent le travail du cuivre à la même époque: Gaudo et Remedello en Italie, VNSP1 et Los Millares dans la Péninsule ibérique, ainsi que les grandes îles de Méditerrannée (Corse et Sardaigne. Une fois encore il semblerait que l'on doive dissocier le campaniforme de l'origine de la métallurgie, bien que cette culture ait probablement généralisé sa pratique. Cabrières fait donc partie des zones précoces en matière de métallurgie du cuivre. De l'acquisition de la matière première à l'obtention du métal toutes les étapes du processus technique (la chaîne opératoire) sont attestées, ce qui en fait tout son intérêt. A bientôt Pour en savoir plus: http://membres.lycos.fr/piochfarrus/ (site de JL Espérou, vraiment bien expliqué et richement illustré)
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